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Discours à l'occasion du dévoilement du Monument national aux anciens combattants autochtones


Ottawa, le jeudi 21 juin 2001

L'histoire est importante. Et ce monument nous parle d'histoire.

Il nous rappelle l'histoire des anciens combattants autochtones et les lieux où ils ont servi, sous l'uniforme canadien, avec honneur et distinction, au Canada et à l'étranger, en temps de guerre et en temps de paix. Il nous rappelle une histoire trop souvent méconnue, presqu'ignorée, mais combien glorieuse. En tant que Gouverneure générale et Commandante en chef des Forces canadiennes, je veux manifester au nom de tous les Canadiens notre fierté de cette histoire. Et l'occasion est particulièrement heureuse puisque nous célébrons à la fois la Journée nationale des Autochtones.

La plupart des écoliers canadiens ont entendu parler du fameux guerrier Tecumseh, qui a dirigé l'alliance des Six Nations avec les Canadiens et les Britanniques contre les Américains pendant la guerre de 1812. Et plusieurs connaissent également Joseph Brant, le légendaire guerrier Mohawk qui a combattu aux côtés des Britanniques pendant la Guerre de Sept Ans contre la France et au cours de la guerre révolutionnaire américaine.

Mais combien ont entendu parler du lieutenant Cameron Brant? À l'âge de 28 ans, le lieutenant Brant perdit la vie à la tête d'un peloton du 4e Bataillon d'infanterie canadienne près de Ypres, en 1915. Il était l'arrière-arrière-petit-fils de Joseph Brant.

Peu de gens savent qu'en 1884, il y a presque 120 ans, des Autochtones canadiens ont prêté main forte aux troupes britanniques à l'étranger, pendant le siège de Khartoum, au Soudan, répondant à l'appel de volontaires pour accompagner et guider les soldats britanniques le long du Nil. Des 400 bateliers canadiens ayant répondu à cet appel, qu'on a appelés les « Voyageurs du Nil », 56 étaient Mohawk, la plupart de la tribu Khanawake, au Québec, et 30 étaient des Ojibway du Manitoba et du nord de l'Ontario.

Les soldats canadiens autochtones ont servi dans les velds d'Afrique du Sud pendant la guerre des Boers, il y a cent ans. Ils ont aussi répondu à l'appel et combattu dans les tranchées boueuses de la Grande Guerre de 1914-1918, y gagnant des médailles et participant à tous les grands affrontements terrestres.

Le rapport annuel des Affaires Indiennes de 1918-1919 déclarait .

« En cette année de paix, les Indiens du Canada peuvent contempler avec fierté le rôle qu'ils ont joué dans la Grande Guerre, autant au Canada que sur les champs de bataille. Ils ont tenu bien haut et noblement les loyales traditions de leurs vaillants ancêtres qui rendirent d'inestimables services à la cause britannique en 1776 et en 1812 et ont ajouté dès lors une immortelle tradition d'honneur qui est un exemple et une inspiration pour leurs descendants. »

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les engagés autochtones ont joué un rôle significatif dans tous les services. Plus tard, en Corée, ils ont évolué dans une brigade, la Force spéciale de l'Armée canadienne, qui avait été formée à partir du recrutement de volontaires entraînés au sein de l'armée régulière.

Jusqu'à ce jour, l'esprit de service et de sacrifice s'est maintenu sur le plan international, grâce notamment aux soldats autochtones répartis entre les missions de maintien de la paix autour du monde.

Et cela continue ici au pays. Je le vois chez les Rangers et les Rangers juniors, qui aident à affirmer la souveraineté canadienne dans notre grand nord.

Les milliers de milles parcourus par des soldats autochtones pendant plus de deux siècles pour défendre ce pays forment des milliers de souvenirs, dont une large part a été oubliée ou perdue.

Et pourtant, ce sont des points de notre histoire dont nous devons nous souvenir, qu'il faut commémorer. Nous en rendons témoignage à tous ceux qui sont réunis ici aujourd'hui - et en témoignage spécial à nos fiers anciens combattants des Premières Nations, Métis et Inuits.

Car ce monument a beau rappeler des batailles et des campagnes spécifiques, il honore aussi les éternels éléments spirituels qui sont si essentiels à la culture des peuples autochtones. Car ce monument a été érigé par des Autochtones. Son message de respect et d'honneur va voyager dans les quatre directions et être entendu par tous ceux qui écoutent. C'est un message de souvenir; c'est un appel à la Maison.

Récemment, le peuple Nisga'a, a récupéré, dans le cadre de son traité historique, les artefacts Nisga'a. Comme dit le chef Joe Gosnell .

« Un grand nombre de ces artefacts sont sacrés, ce sont des objets vivants que nous pourrons partager avec nos enfants. Ce rapatriement signifie que nous ramenons nos ancêtres à leur demeure. »

Nous devons voir en ce monument le retour chez eux des souvenirs et de l'histoire des anciens combattants et de ceux qui sont tombés et qui ont servi avec tant d'honneur et une telle distinction dans toutes les unités des forces armées. Nous respectons et nous honorons ces braves guerriers.

Je pense que nous nous demandons tous pourquoi tant de milliers de volontaires sont venus de tribus indigènes, des villages et des territoires partout au Canada quand nous en avons eu besoin, quand nous sommes allés en guerre. Ils sont venus de quelques-unes des régions les plus éloignées du pays, littéralement, dans certains cas, du milieu de la forêt. Quelques-uns comprenaient à peine le français ou l'anglais auxquels ils ont été instantanément exposés.

Et un bien trop grand nombre, des centaines, ont connu la mort. Ils se sont tenus côte-à-côte en solidarité mutuelle et en confiance avec les autres soldats. Ils ont fait le sacrifice suprême, pour que nous puissions tous vivre en paix, en sécurité, en liberté.

Et ceux qui sont rentrés avaient d'autres batailles à mener. Les tranchées de la Première Guerre mondiale sont à l'origine de la tuberculose de nombreux anciens combattants. Il y avait aussi les cicatrices dans l'esprit, dans l'âme.

À ces soldats, nous pouvons maintenant dire : vous êtes revenus parmi nous, votre esprit entier se joint à nous, ici où l'Aigle voit tout.

Ceci est un monument vivant à tous les peuples autochtones du Canada. C'est aussi une prise de conscience pour tous les Canadiens en cette Journée nationale des Autochtones. Que triomphent l'harmonie du monde naturel et la force des croyances et des rêves des peuples autochtones.

J'ai trouvé un superbe poème écrit par un auteur autochtone anonyme et j'aimerais vous le citer .

« Le battement du tambour
constant et qui résonne profondément
rejoint le passé, le présent, le futur :
au rythme des guérisons
le tambour est le battement de nos coeurs
un reflet doré qui bouge sans cesse
sous la surface de tout ce qui se passe.

Partout, il y a la guerre
...
Mais venus des quatre directions
des légions d'oiseaux-tonnerre remplissent le ciel
jeunes et vieux sacrifient leur vie
pour que revienne la paix et l'amour. »

Puissions-nous tous ramener chez nous ces souvenirs historiques de nos ancêtres et de nos aînés au moment d'honorer aujourd'hui les anciens combattants autochtones. Là où nos fronts se rejoignent dans la compréhension et le respect. Alors que nous marchons ensemble dans la paisible forêt de l'été.

« Quelque part, loin dans la terre une très vieille grand-mère
va décider que l'heure est venue de nous réveiller.
Elle va nous amener dans un rêve éveillé
jusqu'au bord du lac, et va pointer vers le sol en granit
et les vannes vont s'ouvrir. »
Mise à jour : 2001-06-21
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